{"id":143,"date":"2021-02-06T22:24:12","date_gmt":"2021-02-06T21:24:12","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsavicenne.wordpress.com\/?p=143"},"modified":"2021-08-26T18:09:10","modified_gmt":"2021-08-26T16:09:10","slug":"dune-bid%ca%bfa-a-une-sunna-la-wilaya-de-%ca%bfali-dans-ladhan-des-chiites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/?p=143","title":{"rendered":"D\u2019une bid\u02bfa \u00e0 une sunna \u2013 la wil\u0101ya de \u02bfAl\u012b dans l\u2019adh\u0101n des chi\u2019ites"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/editionsavicenne.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/shrineali.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-769 \" src=\"https:\/\/editionsavicenne.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/shrineali-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/editionsavicenne.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/shrineali-300x200.jpg 300w, https:\/\/editionsavicenne.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/shrineali-768x512.jpg 768w, https:\/\/editionsavicenne.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/shrineali.jpg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019article<\/strong>\u00a0<strong>:<\/strong> L\u2019attestation de foi de l\u2019autorit\u00e9 spirituelle et temporelle \u2013 wil\u0101ya \u2013 de \u02bfAl\u012b b. Ab\u012b \u1e6c\u0101lib a toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9cit\u00e9e par les chi\u2019ites dans des rituels et dans d\u2019autres pratiques (la frappe) sous diff\u00e9rentes formes, mais il appara\u00eet que son inclusion dans l\u2019adh\u0101n (l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re) fut autrefois rejet\u00e9e par les savants chi\u2019ites. Aujourd\u2019hui, cette formule de la wil\u0101ya repr\u00e9sente un trait particulier de l\u2019adh\u0101n chez les chi\u2019ites duod\u00e9cimains. L\u2019article suivant essaye de retracer et d\u2019expliquer comment ce changement a eu lieu historiquement et comment il fut justifi\u00e9 par les autorit\u00e9s religieuses de la communaut\u00e9 chi\u2019ite, particuli\u00e8rement \u00e0 partir de la p\u00e9riode safavide et les \u00e9poques ult\u00e9rieures.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: right;\">Source : Journal of the American Oriental Society, Vol. 120, No. 2 (Apr.-Jun., 2000), pp. 166-177<\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><a style=\"color: #3366ff;\" name=\"_Toc5469792\"><\/a>1. Introduction<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Une trait distinctif de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> r\u00e9cit\u00e9 chez les chi\u2019ites duod\u00e9cimains est l\u2019inclusion de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b b. Ab\u012b \u1e6c\u0101lib. Ainsi, apr\u00e8s avoir r\u00e9cit\u00e9 la <em>shah\u0101da<\/em> (attestation de foi de l\u2019unicit\u00e9 de Dieu et de la proph\u00e9tie de Mu\u1e25ammad) le <em>mu\u2019adhdhin<\/em> (le muezzin) formulera une troisi\u00e8me attestation de foi\u00a0: <em>ash-hadu anna \u02bfaliyyan waliyu\u2019ll\u0101h<\/em>\u00a0(j\u2019atteste que \u02bfAl\u012b est le <em>wal\u012b<\/em> \u2013 ami \u2013 de Dieu). Dans l\u2019esprit de nombreux chi\u2019ites duod\u00e9cimains, cette pratique populaire est devenue une composante importante de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Cependant, la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9cit\u00e9e dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Proph\u00e8te ou durant la vie des im<em>\u0101<\/em>ms chi\u2019ites <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Dans l\u2019article suivant, je retrace son origine et son \u00e9volution.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, j\u2019examine les verdicts des premiers juristes chi\u2019ites (fuqah\u0101\u2019) sur ce sujet en comparant et en contrastant avec les verdicts des juristes des \u00e9poques suivantes, lesquels diff\u00e8rent compl\u00e8tement de ceux de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Cette diff\u00e9rence s\u2019explique par le besoin de faire valoir et propager une identit\u00e9 chi\u2019ite dans le contexte de la naissance d\u2019un \u00e9tat politique safavide qui a \u00e9ventuellement conduit \u00e0 l\u2019inclusion de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Pendant cette p\u00e9riode, les juristes chi\u2019ites ont eu recours \u00e0 toutes sortes d\u2019herm\u00e9neutiques pour justifier une telle pratique.<\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><a style=\"color: #3366ff;\" name=\"_Toc5469793\"><\/a>2. L\u2019\u00e9poque bouyide de la jurisprudence chi\u2019ite<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le plus ancien ouvrage de droit l\u00e9gal chi\u2019ite qui existe est le <em>fur\u016b\u2019 al-k\u0101fi<\/em> de al-Kulayn\u012b (d. 329\/941). M\u00eame si al-Kulayn\u012b y examine de nombreux segments de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, il ne discute pas ou ne mentionne nullement la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b comme segment int\u00e9grant de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Le premier savant \u00e0 parler de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> \u00e9tait al-\u1e62ad\u016bq (d. 381\/991). Apr\u00e8s avoir \u00e9num\u00e9r\u00e9 les diff\u00e9rents segments de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> dans son <em>man l\u0101 ya\u1e25\u1e0duruhu al-faq\u012bh<\/em>, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Ceci est l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> dans sa forme exacte\u00a0; rien ne doit y \u00eatre ajout\u00e9 ou retir\u00e9. Les <em>mufawwi\u1e0da<\/em> <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, que Dieu les maudisse, ont fabriqu\u00e9 des traditions et ont ajout\u00e9 dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> la formule\u00a0<em>Mu\u1e25ammad et la famille de Mu\u1e25ammad sont les meilleurs de l\u2019humanit\u00e9<\/em>, r\u00e9citant deux fois. Dans d\u2019autres de leurs traditions, apr\u00e8s avoir formul\u00e9 <em>J\u2019atteste que Mu\u1e25ammad est le Proph\u00e8te de Dieu<\/em>, ils ajoutent la formule <em>J\u2019atteste que \u02bfAl\u012b est le wal\u012b (ami) de Dieu<\/em>, deux fois. Parmi eux, certains rapportent la formulation suivante\u00a0: <em>J\u2019atteste que \u02bfAl\u012b est le vrai commandeur des croyants<\/em>, r\u00e9citant deux fois. Il n\u2019y a aucun doute que \u02bfAl\u012b est l\u2019ami de Dieu, qu\u2019il est le commandeur des croyants et que Mu\u1e25ammad et sa famille, paix sur eux, sont les meilleures cr\u00e9atures de Dieu. Cependant, toutes ces formules ne font pas partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> original. J\u2019en ai fait mention de ces d\u00e9tails pour que ceux qui ont fabriqu\u00e9 la doctrine du <em>tafw\u012b<\/em><em>\u1e0d<\/em> et se sont pr\u00e9tendus \u00eatre des n\u00f4tres puissent \u00eatre d\u00e9masqu\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019extrait ci-dessus, il est clair que al-\u1e62ad\u016bq consid\u00e9rait ceux qui r\u00e9citaient la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> comme appartenant aux <em>mufawwi\u1e0da<\/em>, qui \u00e9tait pour lui, un groupe extr\u00e9miste, puisque qu\u2019il les maudit et les condamne pour leurs pratiques. Pour al-\u1e62ad\u016bq, la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est un signe distinctif des <em>mufawwi\u1e0da<\/em> et ils doivent \u00eatre reconnus comme distincts du courant majoritaire des chi\u2019ites duod\u00e9cimains gr\u00e2ce \u00e0 cette pratique.<\/p>\n<p>De nombreux juristes du dixi\u00e8me et du onzi\u00e8me si\u00e8cles n\u2019ont pas consid\u00e9r\u00e9 important le sujet de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Chaque fois que le th\u00e8me de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est discut\u00e9 en d\u00e9tail, il n\u2019est pas fait mention de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>, par exemple, dans le <em>muqni\u02bfa<\/em> de al-Muf\u012bd (d. 413\/1022), dans <em>inti\u1e63\u0101r<\/em> de Shar\u012bf al-Murta\u1e0d\u0101 (d. 436\/1044).<\/p>\n<p>Dans son <em>tahdh\u012bb<\/em>, \u1e6c\u016bs\u012b (d. 460\/1067) r\u00e9f\u00e8re \u00e0 plusieurs <em>a\u1e25\u0101d\u012bth<\/em> rapportant des avis juridiques diff\u00e9rents, mais malgr\u00e9 cela, il ne parvient pas \u00e0 citer des <em>a\u1e25\u0101d\u012bth<\/em> indiquant la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Cela est surprenant, car dans d\u2019autres de ses travaux (qui seront discut\u00e9s plus loin), \u1e6c\u016bs\u012b admet que des r\u00e9cits bizarres et isol\u00e9s (sh\u0101dhdh) concernant la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais, selon toute probabilit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e, il n\u2019avait pas acc\u00e8s \u00e0 ces traditions sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>. D\u2019autre part, puisque ces r\u00e9cits \u00e9taient rares, \u1e6c\u016bs\u012b ne les a pas consid\u00e9r\u00e9s comme v\u00e9ridiques et dignes de consid\u00e9ration. Dans son <em>nih\u0101ya<\/em>, \u1e6c\u016bs\u012b affirme m\u00eame que celui qui prononce la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> est dans l\u2019erreur (mukh\u1e6di\u2019). Cependant, dans son <em>mabs\u016b\u1e6d<\/em>, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0En ce qui concerne la formule\u00a0<em>\u02bfAl\u012b est le commandeur des croyants et la famille de Mu\u1e25ammad est la meilleure de l\u2019humanit\u00e9<\/em>\u00a0qui a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e dans des r\u00e9cits isol\u00e9s, elle ne doit pas \u00eatre ins\u00e9r\u00e9e (fa-laysa bi ma\u02bfm\u016bl \u02bfalayhi) dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Mais, si une personne venait \u00e0 la r\u00e9citer, il n\u2019aurait commis aucun p\u00e9ch\u00e9 (lam ya\u2019tham bihi). Cependant, cette formule ne fait ni partie des <em>fa\u1e0d\u012bla<\/em> (segments recommand\u00e9s) de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> ni la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> ne rend l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> plus compl\u00e8te. \u00bb<\/p>\n<p>Les pr\u00e9c\u00e9dentes indications r\u00e9v\u00e8lent clairement que des savants comme al-\u1e62ad\u016bq et \u1e6c\u016bs\u012b avaient interdit l\u2019inclusion de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Il ne faut pas oublier que ces savants vivaient sous l\u2019\u00e8re des souverains bouyides (334-447\/945-1055) qui entretenaient des relations pacifiques avec les chi\u2019ites. Alors qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient ni politiquement oppress\u00e9s ni soumis \u00e0 des contraintes dans l\u2019\u00e9criture de leurs travaux, les juristes chi\u2019ites du dixi\u00e8me et du onzi\u00e8me si\u00e8cles ont soit prohib\u00e9 radicalement ou fortement d\u00e9courag\u00e9 de r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Il n\u2019y a aucune indication qui permettrait de soutenir l\u2019id\u00e9e que ces verdicts soient l\u00e9gitim\u00e9s par la <em>taqiyya<\/em> (la dissimulation).<\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><a style=\"color: #3366ff;\" name=\"_Toc5469794\"><\/a>3. L\u2019\u00e9poque ilkhanide de la jurisprudence chi\u2019ite<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la destruction de Bagdad par les Mongols en 656\/1258, le centre des \u00e9tudes chi\u2019ites fut d\u00e9plac\u00e9 de Bagdad \u00e0 \u1e24illa. En raison de la pr\u00e9sence du th\u00e9ologien et philosophe chi\u2019ite Na\u1e63\u012br al-D\u012bn \u1e6c\u016bs\u012b (d. 672\/1274), un influent conseiller du roi mongol Hulagu, \u1e24illa fut \u00e9pargn\u00e9e de l\u2019invasion mongole. Pendant la p\u00e9riode ilkhanide (656-754\/1258-1353, les <em>\u02bfulam\u0101<\/em> chi\u2019ites ont continu\u00e9 \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier des bonnes relations avec le souverain. Par exemple, \u02bfAll\u0101ma al-\u1e24ill\u012b (d. 726\/1325) et son fils \u00e9taient souvent invit\u00e9s \u00e0 la cour de Olja\u00eftu (d. 712\/1316). Selon certaines sources, il fut t\u00e9moin de la conversion du sultan au chi\u2019isme duod\u00e9cimain. Mais, de nouveau, malgr\u00e9 la relative p\u00e9riode d\u2019entente entre les communaut\u00e9s chi\u2019ites et sunnites, il n\u2019y avait pas de changement dans la position des savants chi\u2019ites sur la question de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Alors m\u00eame que des travaux des savants de cette p\u00e9riode regorgent de discussions d\u00e9taill\u00e9es sur l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em>, par exemple ceux de Ab\u016b Man\u1e63\u016br Mu\u1e25ammad b. Idr\u012bs (d. 598\/1201), la question de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e. Il convient de noter que bien que Ibn Idr\u012bs dresse une annexe s\u00e9par\u00e9e sur les segments recommand\u00e9s (fa\u1e0d\u0101\u2019il) de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, contrairement aux pratique des savants ult\u00e9rieurs, il ne mentionne pas la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans cette section.<\/p>\n<p>D\u2019autres savants de \u1e24illa ont \u00e9t\u00e9 plus explicite dans leur rejet de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Apr\u00e8s avoir \u00e9num\u00e9r\u00e9 les segments de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> dans son <em>mu\u2019tabar<\/em>, Mu\u1e25aqqiq al-\u1e24ill\u012b (d. 676\/1277) \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Tout ce qui est ajout\u00e9 \u00e0 cela est une <em>bid\u02bfa<\/em>\u00a0\u00bb. Son contemporain, al-Hadhal\u012b (d. 690\/1291) \u00e9crit dans son <em>al-j\u0101mi\u02bf li-l-shar\u0101\u2019i\u02bf<\/em> que m\u00eame si la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e dans des traditions rares, cela n\u2019est pas \u00e0 r\u00e9citer dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019aux treizi\u00e8me et quatorzi\u00e8me si\u00e8cles, les juristes chi\u2019ites vivaient dans de bonnes conditions politiques, ils ont suivi les pas de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs sur cette question. Ainsi, \u02bfAll\u0101ma al-\u1e24ill\u012b interdit explicitement la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> dans son <em>nih\u0101yat al-a\u1e25k\u0101m<\/em>, en disant qu\u2019il n\u2019est pas permis de la r\u00e9citer, car il n\u2019y a aucune r\u00e8glementation pour sa r\u00e9citation dans la <em>shar\u012ba\u02bf<\/em> (li-<em>\u02bf<\/em>adami mashr\u016b<em>\u02bf<\/em>iyyatihi).<\/p>\n<p>Les savants chi\u2019ites du quatorzi\u00e8me si\u00e8cle qui s\u2019\u00e9taient \u00e9tablis au Jabal <em>\u02bf<\/em>\u0100mil ont suivi l\u2019exemple de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs dans l\u2019interdiction de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Dans son <em>al-lum\u02bfa al-dimishqiyya<\/em>, Mu\u1e25ammad b. Jam\u0101l al-D\u012bn (d. 786\/1384) appel\u00e9 Shah\u012bd al-Awwal (Shah\u012bd 1<sup>er<\/sup>) a clairement interdit la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, m\u00eame s\u2019il admet que c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 (wa in k\u0101na al-w\u0101qi\u02bf kadh\u0101lik). Dans son <em>al-dur\u016bs<\/em>, Shah\u012bd 1<sup>er<\/sup> ajoute que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> est une affaire de credo et ne fait pas partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Il r\u00e9p\u00e8te la proscription d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par al-\u1e62ad\u016bq affirmant que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est une invention des <em>mufawwi\u1e0da<\/em>. D\u2019ailleurs, Shah\u012bd 1<sup>er<\/sup> est constant \u00e0 travers ses ouvrages majeurs de jurisprudence pour interdire la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> (<em>al-lum\u02bfa<\/em>, <em>al-dhikr\u0101<\/em>, <em>al-bay\u0101n<\/em>, <em>al-dur\u016bs<\/em>).<\/p>\n<p>Cette tendance parmi les anciens juristes chi\u2019ites d\u2019interdire ou de d\u00e9courager la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est confirm\u00e9e par un autre savant de Jabal \u02bf\u0100mil, Zayn al-D\u012bn b. \u02bfAl\u012b b. A\u1e25mad al-Sh\u0101m\u012b, appel\u00e9 Shah\u012bd 2<sup>nd<\/sup> (d. 966\/1558). Dans son <em>raw\u1e0da al-jin\u0101n<\/em>, il affirme explicitement que l\u2019insertion de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> ou toutes autres formulations de cette nature dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est une innovation (bid\u02bfa) et que les r\u00e9cits affirmant le contraire sont tous fabriqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce qui est en jeu, rappelle Shah\u012bd 2<sup>nd<\/sup>, ce n\u2019est pas qu\u2019ils (la famille du Proph\u00e8te) sont ou pas les meilleures cr\u00e9atures, mais celle de l\u2019insertion de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans un acte d\u2019adoration qui a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 divinement, ici l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Il ne s\u2019agit pas d\u2019ins\u00e9rer tout article de foi acceptable dans les actes d\u2019adoration (\u02bfib\u0101d\u0101t) qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s par le l\u00e9gislateur divin. Dans son <em>al-mas\u0101lik<\/em>, Shah\u012bd 2<sup>nd<\/sup> soutient qu\u2019il est interdit (\u1e25ar\u0101m) d\u2019ajouter quoique ce soit dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Dans son commentaire (shar\u1e25) de <em>al-lum\u02bfa<\/em>, le m\u00eame Shah\u012bd 2<sup>nd<\/sup> soutient que la <em>wil\u0101ya<\/em> fait partie des questions de croyance et ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Il r\u00e9p\u00e8te ce qu\u2019il avait pr\u00e9c\u00e9demment affirm\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ins\u00e9rer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est une innovation (bid\u02bfa)\u00a0: c\u2019est comme si quelqu\u2019un ajoutait une unit\u00e9 de pri\u00e8re (rak\u02bfa) en plus ou une <em>shah\u0101da<\/em> en plus (tashahhud) \u00e0 la pri\u00e8re.<\/p>\n<p>Mulla A\u1e25mad al-Ardab\u012bl\u012b (d. 993\/1585), appel\u00e9 Muqaddas, cite initialement la proscription de al-\u1e62ad\u016bq sur la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> et s\u2019accorde avec lui.\u00a0 Al-Ardab\u012bl\u012b ajoute que r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> est \u00e9quivalent \u00e0 suivre les pas du calife \u02bfUmar qui avait alt\u00e9r\u00e9 l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> de la pri\u00e8re de l\u2019aube en y ins\u00e9rant le <em>tathw\u012bb<\/em> (la formule\u00a0:\u00a0<em>la pri\u00e8re est meilleure que le sommeil<\/em>). Puisque les chi\u2019ites condamnent \u02bfUmar pour avoir ajout\u00e9 ce segment suppl\u00e9mentaire \u00e0 l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, il ne leur convient pas de l\u2019imiter dans son action. Il convient de souligner que al-Ardab\u012bl\u012b autorise la r\u00e9citation des gr\u00e2ces (\u1e63alaw\u0101t) sur le Proph\u00e8te et sa famille, quand son nom (celui du Proph\u00e8te) est mentionn\u00e9 dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Cela s\u2019explique selon al-Ardab\u012bl\u012b par l\u2019existence de traditions g\u00e9n\u00e9rales (\u02bfum\u016bm al-akhb\u0101r) qui recommandent cet acte. Il faut souligner ici, qu\u2019il ne cite pas cette tradition qui se trouve dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> de \u1e6cabars\u012b (d. 588\/1192), sur laquelle nous y reviendrons, et qui a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par les juristes qui sont venus apr\u00e8s lui, se positionnant en faveur de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>La discussion pr\u00e9c\u00e9dente a montr\u00e9 qu\u2019il y avait un consensus explicite parmi les juristes chi\u2019ites sur l\u2019interdiction ou la dissuasion de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Ceux qui r\u00e9citaient la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> \u00e9taient marginaux et \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s par les juristes tels que al-\u1e62ad\u016bq, \u02bfAll\u0101ma al-\u1e24ill\u012b et al-Ardab\u012bl\u012b, comme des extr\u00e9mistes.<\/p>\n<p>Aucun juriste pendant la p\u00e9riode pr\u00e9-safavide, qu\u2019il vive \u00e0 Bagdad, \u00e0 \u1e24illa ou \u00e0 Jabal \u02bf\u0100mil, n\u2019a encourag\u00e9 cette pratique. En effet, aucun juriste n\u2019a d\u00e9clar\u00e9 que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> pouvait \u00eatre r\u00e9cit\u00e9e en ayant la ferme intention que ce segment ne faisait pas partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, chose que les juristes des si\u00e8cles suivants feront. En toute probabilit\u00e9, la raison pour laquelle les juristes pr\u00e9-safavides ont interdit la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> \u00e9tait qu\u2019en vivant avec les vicissitudes du milieu sunnite, ils voulaient prendre leur distance avec toutes les pratiques qui \u00e9taient li\u00e9es aux chi\u2019ites extr\u00e9mistes.<\/p>\n<p>Cette observation peut \u00eatre justifi\u00e9e par l\u2019interdiction de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> que les juristes ont l\u00e9gif\u00e9r\u00e9e en citant al-\u1e62ad\u016bq, lequel a attribu\u00e9 cette pratique aux <em>mufawwi\u1e0da<\/em>. De plus, les juristes n\u2019ont pas autoris\u00e9 cette pratique et n\u2019ont pas consid\u00e9r\u00e9 les r\u00e9cits faisant \u00e9tat d\u2019une telle pratique comme dignes de confiance. Ainsi, au vu de l\u2019interdiction massive de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, il convient de se demander \u00e0 quand remonte le d\u00e9but de cette pratique parmi la population chi\u2019ite ? Comment cette pratique fut justifi\u00e9e par les savants chi\u2019ites ? C\u2019est \u00e0 ces questions que je r\u00e9pondrai \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><a style=\"color: #3366ff;\" name=\"_Toc5469795\"><\/a>4. La formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> pendant la p\u00e9riode safavide (907-1201\/1501-1786)<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><a style=\"color: #3366ff;\" name=\"_Toc5469796\"><\/a>4.1 L\u2019imposition du chi\u2019isme en Iran par les Safavides<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le seizi\u00e8me et le dix-septi\u00e8me si\u00e8cles ont vu l\u2019implantation et l\u2019\u00e9ventuel triomphe du chi\u2019isme sous les souverains safavides en Iran. Scarcia-Amoretti <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> a montr\u00e9 que m\u00eame avant l\u2019\u00e9tablissement de la dynastie safavide, l\u2019atmosph\u00e8re de relatif \u00e9clecticisme religieux en Iran avait engendr\u00e9 une d\u00e9votion pour \u02bfAl\u012b, en particulier, et envers les membres de la famille du Proph\u00e8te, en g\u00e9n\u00e9ral. En 907\/1501, Sh\u0101h Ism\u0101\u02bfil (d. 930\/1524), le premier souverain safavide, a utilis\u00e9 ce sentiment pro-\u02bfAl\u012b pour d\u00e9clarer le chi\u2019isme duod\u00e9cimain comme religion d\u2019\u00e9tat. Le remplacement du sunnisme par le chi\u2019isme a demand\u00e9 une politique rigoureuse de conversion religieuse qui a fini par transformer le chi\u2019isme d\u2019une religion sectaire \u00e0 une religion nationale.<\/p>\n<p>La propagation de la foi chi\u2019ite a n\u00e9cessit\u00e9 l\u2019imposition de mesures politico-socio-religieuses pour permettre l\u2019uniformisation liturgique et doctrinale. Sh\u0101h Ism\u0101\u02bfil a cherch\u00e9 diff\u00e9rents moyens pour mettre en avant la version chi\u2019ite de l\u2019Islam dans la sph\u00e8re publique.\u00a0 Il a fait instituer la r\u00e9citation des noms des douze im<em>\u0101<\/em>ms dans les sermons et a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 une politique d\u2019impr\u00e9cation publique sur les trois premiers califes, aussi celui qui refusait cette derni\u00e8re pratique \u00e9tait tu\u00e9.<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement fait d\u00e9cr\u00e9ter que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> devait \u00eatre r\u00e9cit\u00e9e dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s coup, pendant cette p\u00e9riode que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> fut institu\u00e9e et pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la population, sous l\u2019approbation officielle du souverain. L\u2019insertion de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est profond\u00e9ment reli\u00e9e aux tentatives des souverains safavides d\u2019implanter parmi la masse iranienne un sentiment profond d\u2019engagement envers le chi\u2019isme.<\/p>\n<p>Il convient de souligner qu\u2019avant l\u2019av\u00e8nement des safavides, le chi\u2019isme \u00e9tait globalement inexistant en Iran. Mais, peu apr\u00e8s, les pratiques li\u00e9es au chi\u2019isme furent accept\u00e9es par la masse iranienne, m\u00eame si elles n\u2019avaient pas encore obtenu l\u2019approbation des juristes. De nombreux dispositifs furent utilis\u00e9s pour imposer et propager le chi\u2019isme d\u2019\u00e9tat devenu officiel, parmi lesquels l\u2019expression publique de deuil pendant les douze premiers jours de Mu\u1e25arram, pour marquer le martyr du petit-fils du Proph\u00e8te, \u1e24usayn b. \u02bfAl\u012b (d. 61\/680) \u00e0 Kerbala.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019\u00e9poque de Sh\u0101h \u1e6cam\u0101sp (d. 931-84\/1524-76) commen\u00e7a, les pratiques d\u2019auto-mortification et d\u2019impr\u00e9cation rituelle (la\u02bfn) sur les trois premiers califes s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandues \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. En effet, en 971 de l\u2019h\u00e9gire, le juriste chi\u2019ite \u02bfAl\u012b\u00a0b. \u1e24usayn al-Karak\u012b (d. 937 ou 940) a \u00e9crit un tract qui rendait obligatoire les impr\u00e9cations sur les trois premiers califes.<\/p>\n<p>Une autre mani\u00e8re de propager le chi\u2019isme fut d\u2019encourager la visite des mausol\u00e9es des im<em>\u0101<\/em>ms ou de leurs descendants (im\u0101m-z\u0101deh). Un autre exemple, est la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, qui fut clairement un moyen de populariser le chi\u2019isme parmi la masse. Petit \u00e0 petit, ces pratiques publiques sont devenues le c\u0153ur de la vie socioreligieuse en Iran et se sont enracin\u00e9es dans l\u2019esprit de la masse.<\/p>\n<p>L\u2019imposition du chi\u2019isme sur la communaut\u00e9 dominante sunnite devait se heurter \u00e0 une opposition, particuli\u00e8rement de la part des <em>\u02bfulam\u0101<\/em>. De nombreux <em>\u02bfulam\u0101<\/em> sunnites ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s, tandis que d\u2019autres ont fui l\u00e0 o\u00f9 le sunnisme pr\u00e9dominait. Ils furent remplac\u00e9s par des savants chi\u2019ites import\u00e9s sur le territoire safavide, g\u00e9n\u00e9ralement depuis Jabal \u02bf\u0100mil. L\u2019attitude de ces juristes chi\u2019ites qui venaient d\u2019arriver fut marqu\u00e9e par le pragmatisme quand ils ont vue les pratiques de processions publiques et de th\u00e9\u00e2tres ritualis\u00e9s (ta\u2019ziyeh). Tant que ces pratiques ne contrevenaient pas \u00e0 la doctrine normative, cette culture populaire \u00e9tait accept\u00e9e. La tol\u00e9rance envers les actes de d\u00e9votions populaires fut le prix \u00e0 payer pour les <em>fuqah\u0101\u2019 <\/em>chi\u2019ites en contrepartie d\u2019une conversion de la masse au chi\u2019isme.<\/p>\n<p>En toute probabilit\u00e9, tant que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> ne contrevenait pas \u00e0 l\u2019essence de la doctrine chi\u2019ite et qu\u2019elle servait \u00e0 propager le chi\u2019isme dans les diff\u00e9rentes couches populaires, les juristes chi\u2019ites n\u2019ont pas senti le besoin d\u2019objecter contre cette pratique. De plus, ces derniers avaient r\u00e9cemment immigr\u00e9 en Iran et ont \u00e9t\u00e9 sponsoris\u00e9s par les souverains safavides, en cons\u00e9quence ils n\u2019\u00e9taient pas en position de s\u2019opposer aux politiques instaur\u00e9es avant leur venue par ces m\u00eames souverains.<\/p>\n<p>L\u2019affiliation chi\u2019ite de cet \u00e9tat safavide embryonnaire n\u00e9cessitait une expression sociale. Une mani\u00e8re de favoriser cela \u00e9tait \u00e0 travers l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. De ce fait, le r\u00f4le de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> n\u2019\u00e9tait pas seulement confin\u00e9 \u00e0 l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re, mais \u00e0 l\u2019inverse, il servait \u00e0 confirmer l\u2019identit\u00e9 chi\u2019ite de l\u2019\u00e9tat safavide. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019autres mesures prises par l\u2019\u00e9tat, la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2018<em>adh\u0101n<\/em> servait \u00e0 propager le chi\u2019isme dans les milieux populaires. L\u2019<em>adh\u0101n<\/em> servait aussi \u00e0 des fins de pol\u00e9miques, par exemple, pour rappeler aux chi\u2019ites de leur all\u00e9geance \u00e0 \u02bfAl\u012b, en tant que successeur imm\u00e9diat de Mu\u1e25ammad. En raison de son utilit\u00e9 populaire, les juristes chi\u2019ites se sont abstenus de d\u00e9noncer cette pratique en public. Par leur silence, les juristes ont permis de l\u00e9gitimer et de faire accepter cette pratique de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2018<em>adh\u0101n,<\/em> devenue populaire.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><a style=\"color: #3366ff;\" name=\"_Toc5469797\"><\/a>4.2 Comment les deux Majlis\u012b ont justifi\u00e9 la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2018<em>adh\u0101n<\/em>\u00a0chi\u2019ite ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Un commentaire en persan de Mu\u1e25ammad Taq\u012b Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> (d. 1070\/1659) sur le <em>man l\u0101 ya\u1e25\u1e0duruhu al-faq\u012bh<\/em> de al-\u1e62ad\u016bq montre clairement la raison pour laquelle les juristes chi\u2019ites ont eu la volont\u00e9 d\u2019autoriser la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et d\u2019aller contre la r\u00e8gle d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par les juristes des \u00e9poques ant\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est r\u00e9cit\u00e9e dans la plupart des r\u00e9gions du pays. Quand les gens omettent sa r\u00e9citation, ils sont accus\u00e9s d\u2019\u00eatre des sunnites. Ironiquement, dans son commentaire, Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> invoque la doctrine de la dissimulation (taqiyya) pour la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>. Dit diff\u00e9remment, la <em>taqiyya<\/em> est utilis\u00e9e plut\u00f4t pour affirmer l\u2019identit\u00e9 chi\u2019ite plut\u00f4t que de la cacher, car elle \u00e9tait r\u00e9cit\u00e9e pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre accus\u00e9 d\u2019affiliation avec les sunnites.<\/p>\n<p>Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> continue en citant l\u2019exemple de son ma\u00eetre, Mawlana \u02bfAbd All\u0101h, qui apr\u00e8s une longue discussion, avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater de r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Il ajoute que son ma\u00eetre a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d\u2019\u00eatre un sunnite. Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> conseille ensuite \u00e0 son ma\u00eetre de r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> pour se d\u00e9fendre des accusations d\u2019affiliation avec les sunnites. Il l\u2019a pratiqu\u00e9e tant qu\u2019il \u00e9tait vivant.<\/p>\n<p>La pratique populaire de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> fut l\u00e9gitim\u00e9e par les textes juridiques chi\u2019ites pour la premi\u00e8re fois par Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> dans son <em>raw\u1e0da al-muttaq\u012bn<\/em>. En effet, il l\u2019a explicitement autoris\u00e9e et a m\u00eame justifi\u00e9 cette pratique. En commentant le passage de al-\u1e62ad\u016bq, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Il est difficile d\u2019\u00eatre certain que ces traditions sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> soient des fabrications des <em>mufawwi\u1e0da<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il exprime ensuite qu\u2019il est favorable \u00e0 l\u2019acceptation de ces traditions rares sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> en affirmant que ce genre de traditions pourraient \u00eatre authentiques, mais tr\u00e8s peu connues. Il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Seulement parce que les <em>mufawwi\u1e0da<\/em> ou les sunnites auraient pratiqu\u00e9 quelque chose ne signifie pas que nous puissions \u00eatre certains que la v\u00e9rit\u00e9 repose dans le contraire ou que ces traditions fussent \u00eatre fabriqu\u00e9es, \u00e0 moins qu\u2019elles soient transmises par les im<em>\u0101<\/em>ms, ce qu\u2019elles indiquent clairement. De plus, les chi\u2019ites avaient l\u2019habitude de pratiquer cela dans les temps anciens et le font toujours. En tout cas, si quelqu\u2019un devait suivre cette pratique, il ne serait pas dans le p\u00e9ch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> \u00e9tait conscient que son opinion allait contre les diff\u00e9rentes opinions exprim\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 son \u00e9poque par les juristes. Il a justifi\u00e9 ce changement en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Il est possible que cette pratique soit interdite avant aujourd\u2019hui en raison de la <em>taqiyya<\/em>, comme de nombreuses traditions (a\u1e25\u0101d\u012bth) nous recommandent d\u2019omettre le segment <em>\u1e25ayya \u02bfal\u0101 khayr al-\u02bfamal<\/em> (accourez \u00e0 la meilleure pratique) de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> en raison de la <em>taqiyya<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Puis, il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas clair \u00e0 qui al-\u1e62ad\u016bq faisait r\u00e9f\u00e9rence en parlant des <em>mufawwi\u1e0da<\/em>. Il appara\u00eet que quiconque n\u2019acceptant pas le <em>sahw<\/em> (le fait que le Proph\u00e8te pouvait oublier\/omettre dans la pri\u00e8re) faisait partie des <em>mufawwi\u1e0da<\/em>. Ou quiconque qui croyait \u00e0 l\u2019insertion de quoique ce soit dans les actes d\u2019adoration diff\u00e9rents de ceux pratiqu\u00e9s par le Proph\u00e8te, faisait partie des <em>mufawwi\u1e0da<\/em>. Sur cette base, tous les chi\u2019ites, mis \u00e0 part al-\u1e62ad\u016bq et son ma\u00eetre, devraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme faisant partie des <em>mufawwi\u1e0da<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une analyse minutieuse du <em>man l\u0101 ya\u1e25\u1e0duruhu al-faq\u012bh<\/em> indique que le contentieux de Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> avec al-\u1e62ad\u016bq sur l\u2019interdiction de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> sous pr\u00e9texte de la <em>taqiyya<\/em>, ne semble pas \u00eatre pertinent. En effet, avant qu\u2019il n\u2019\u00e9crive sur l\u2019interdiction de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, al-\u1e62ad\u016bq s\u2019interroge si la formule <em>\u1e25ayya \u02bfal\u0101 khayr al-\u02bfamal<\/em> peut \u00eatre supprim\u00e9e de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 cela, il r\u00e9pond par l\u2019affirmative, \u00e0 condition qu\u2019une personne doit dissimuler sa foi. Al-\u1e62ad\u016bq d\u00e9limite clairement les segments de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> qui peuvent \u00eatre omis ou alt\u00e9r\u00e9 si une personne vivait dans des conditions o\u00f9 la <em>taqiyya<\/em> devenait n\u00e9cessaire. Le fait qu\u2019il dise explicitement que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> ne doit pas \u00eatre r\u00e9cit\u00e9e dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et qu\u2019il attribue cette pratique aux <em>mufawwi\u1e0da<\/em> sugg\u00e8re que la <em>taqiyya<\/em> ne fut pas un facteur important pour d\u00e9cr\u00e9ter l\u2019interdiction de la formule de la <em>wil\u0101ya <\/em>dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> essaye de retourner l\u2019argument en sa faveur. D\u2019abord, il r\u00e9fute le contentieux que le faible nombre des traditions sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> implique leur caract\u00e8re inauthentique. En essence, il r\u00e9fute les opinions de \u1e6c\u016bs\u012b et de al-\u1e24ill\u012b, argumentant que le fait qu\u2019il n\u2019y ait pas suffisamment de traditions sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> n\u2019implique pas qu\u2019elles sont fallacieuses. Apr\u00e8s avoir justifi\u00e9 la possibilit\u00e9 de leur v\u00e9racit\u00e9, Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> affirme que selon al-\u1e62ad\u016bq et \u1e6c\u016bs\u012b, les traditions qui autorisent la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> sont disponibles. Pour cette raison, la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> peut \u00eatre r\u00e9cit\u00e9e, sans qu\u2019elle soit consid\u00e9r\u00e9e comme un segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces efforts de Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> pour int\u00e9grer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, ses contemporains ne l\u2019ont pas suivi dans son opinion. Al-Mu\u1e25aqqiq al-Sabzaw\u0101r\u012b (d. 1090\/1679) \u00e9crit dans son <em>dhakh\u012brat al-ma\u02bf\u0101d<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Les juristes ont clairement indiqu\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une innovation (bid\u02bfa) et que l\u2019ins\u00e9rer dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> d\u00e9pend de son ordonnancement divin (al-tawq\u012bf al-shar\u02bf\u012b), chose qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie\u00a0\u00bb. Fay\u1e0d al-Kash\u0101n\u012b (d. 1091\/1680) \u00e9crit dans son <em>maf\u0101t\u012b\u1e25 al-shar\u0101\u02bfi<\/em> que la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> est un acte d\u00e9testable (makr\u016bh) qui est contraire \u00e0 la sunna.<\/p>\n<p>L\u00e9gitimer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> \u00e9tait clairement difficile \u00e0 faire juridiquement que dans la pratique populaire. N\u00e9anmoins, l\u2019argument de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> fut par la suite d\u00e9fendue par Mu\u1e25ammad al-B\u0101qir Majlis\u012b (d. 1110\/1698), appel\u00e9 \u02bfAll\u0101ma Majlis\u012b.<\/p>\n<p>Tout comme son homonyme, Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> a essay\u00e9 de retourner la discussion sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> en sa faveur. Il n\u2019est pas impossible, \u00e9crit-il, que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> soit parmi les segments recommand\u00e9s (musta\u1e25abb) de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et cela parce que \u1e6c\u016bs\u012b, al-\u1e24ill\u012b, Shah\u012bd 1<sup>er<\/sup> et d\u2019autres ont t\u00e9moign\u00e9 que des r\u00e9cits rares \u00e9taient rapport\u00e9s \u00e0 ce sujet. En citant les opinions de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il d\u00e9clare que les r\u00e9cits concernant la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>, m\u00eame s\u2019ils sont faibles, sont pourtant disponibles. Le seul fait \u2013 que les r\u00e9cits soient faibles en nombre \u2013 que al-\u1e62ad\u016bq et \u1e6c\u016bs\u012b ont utilis\u00e9 pour interdire la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> pour l\u2019y autoriser.<\/p>\n<p>Pour l\u00e9gitimer l\u2019inclusion de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> de mani\u00e8re ing\u00e9nieuse divise les segments de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> en obligatoires et recommand\u00e9s. La formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>, dit-il, peut \u00eatre r\u00e9cit\u00e9e comme un segment recommand\u00e9 de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Par ce moyen habile, il fut en mesure de saper les objections de ceux qui ont argument\u00e9 contre son insertion comme un \u00e9l\u00e9ment \u00e9tranger dans un acte d\u2019adoration (ici, l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>). Il fut de cette fa\u00e7on capable de rendre compte de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> comme segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, m\u00eame si seulement \u00e0 titre de composante recommand\u00e9e.<\/p>\n<p>Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> introduit \u00e9galement un nouvel \u00e9l\u00e9ment dans la discussion. Aux c\u00f4t\u00e9s de preuves rationnelles pour justifier la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> comme un acte recommand\u00e9, il cite une preuve scripturaire pour l\u00e9gitimer la pratique, chose reconnue comme acceptable par la plupart des juristes qui l\u2019ont suivi. En effet, il cite une tradition cit\u00e9e dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> de \u1e6cabars\u012b, o\u00f9 celui-ci rapporte une tradition de al-Q\u0101sim b. Mu\u02bf\u0101wiya, qui dit\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai dit \u00e0 Ab\u016b \u02bfAbd All\u0101h (Ja\u02bffar al-\u1e62\u0101diq) qu\u2019ils (les sunnites) transmettent une tradition dans leurs livres sur le mi\u02bfraj indiquant que quand le Proph\u00e8te fut emmen\u00e9 la nuit de l\u2019ascension, il lut \u00e9crit sur le tr\u00f4ne\u00a0: <em>Il n\u2019y a pas de dieu, except\u00e9 Dieu, Mu\u1e25ammad est le Proph\u00e8te de Dieu et Ab\u016b Bakr est le v\u00e9ridique<\/em>. Al-\u1e62\u0101diq, il est rapport\u00e9, a r\u00e9pondu\u00a0: \u2018Gloire \u00e0 Dieu, ils ont tout alt\u00e9r\u00e9, m\u00eame cela\u00a0?\u2019 Al-Q\u0101sim r\u00e9pondit\u00a0: \u2018Oui\u2019.\u00a0 Al-\u1e62\u0101diq, il est rapport\u00e9, a dit\u00a0: \u2018Quand Dieu, le Mis\u00e9ricordieux, le Glorieux, cr\u00e9a le tr\u00f4ne, il \u00e9crivit dessus\u00a0: <em>Il n\u2019y a pas de dieu, except\u00e9 Dieu, Mu\u1e25ammad est le Proph\u00e8te de Dieu et \u02bfAl\u012b est le commandeur des croyants<\/em>.\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette longue tradition prend fin avec Ja\u02bffar al-\u1e62\u0101diq (d. 147\/765) disant \u00e0 al-Q\u0101sim que \u00ab\u00a0Chaque fois que l\u2019un de vous r\u00e9cite la <em>shah\u0101da<\/em>, il devrait r\u00e9citer la formule <em>\u02bfAl\u012b est le commandeur des croyants<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que cette tradition ne mentionne pas les circonstances dans lesquelles la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> doit \u00eatre prononc\u00e9e, Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> l\u2019interpr\u00e8te comme une g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 dans son applicabilit\u00e9 et non comme une applicabilit\u00e9 restrictive. La formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> fut interpr\u00e9t\u00e9e par lui comme un segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et justifi\u00e9e par cette tradition. Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> ajoute que quiconque r\u00e9cite la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> afin d\u2019obtenir des b\u00e9n\u00e9dictions (baraka) et sans avoir cette intention dans l\u2019esprit qu\u2019elle fait partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, alors il n\u2019a commis aucun p\u00e9ch\u00e9, car la communaut\u00e9 a autoris\u00e9 toute forme de formulation pendant l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em>\u00a0; celle-ci (la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>), ajoute Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup>, est la meilleure supplication et recollection (dhikr).<\/p>\n<p>Ce qui fut consid\u00e9r\u00e9 comme une <em>bid\u02bfa<\/em> par les juristes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, est devenu pour Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> et les juristes qui sont venus apr\u00e8s lui, une <em>sunna<\/em>. Puisque Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> avait besoin d\u2019une source scripturaire pour l\u00e9gitimer son opinion sur l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, le <em>\u1e25ad\u012bth<\/em> de Ja\u02bffar al-\u1e62\u0101diq dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> lui en a fourni une.<\/p>\n<p>Cette tradition, qui est bien \u00e9videmment de nature pol\u00e9mique, a \u00e9t\u00e9 transmise pour r\u00e9futer l\u2019affirmation des sunnites sur le mi\u02bfraj. Au lieu de parler de la question de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, elle essaye de renier une affirmation sunnite en opposant une version chi\u2019ite du m\u00eame \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>La tradition de \u1e6cabars\u012b n\u2019\u00e9tant pas pertinente pour justifier la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est clairement \u00e9tabli par le fait que \u1e6cabars\u012b l\u2019a rapport\u00e9e dans son ouvrage au sixi\u00e8me si\u00e8cle (soit, quatre cents ans avant Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup>), et aucun savant chi\u2019ite avant Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> n\u2019a consid\u00e9r\u00e9 celle-ci comme une preuve pour la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>. De plus, aucun d\u00e9fenseur de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> avant Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> ne s\u2019est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 cette tradition pour discuter de ce sujet. Malgr\u00e9 la r\u00e9f\u00e9rence de \u1e6cabars\u012b qu\u2019emploie Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup>, il reste qu\u2019aucun juriste qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ne l\u2019a utilis\u00e9, puisque de mani\u00e8re \u00e9vidente, elle n\u2019a aucun lien avec la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>En outre, cette tradition n\u2019a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e par aucun autre savant avant \u1e6cabars\u012b et celui-ci ne cite pas sa propre source. La plupart des traditions cit\u00e9es dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> sont <em>mursal<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles ne sont pas accompagn\u00e9es de cha\u00eenes de transmission (isn\u0101d).<\/p>\n<p>Dans l\u2019introduction de son travail, \u1e6cabars\u012b affirme qu\u2019il n\u2019a pas ajout\u00e9 de cha\u00eenes de transmission, soit parce qu\u2019il existait un consensus (ijma\u02bf) sur la r\u00e9f\u00e9rence de ces traditions, soit parce que les traditions \u00e9taient en accord avec la raison, soit parce qu\u2019elles \u00e9taient connues. Cependant, la tradition de al-Q\u0101sim b. Mu\u02bf\u0101wiya \u00e9tait certainement inconnue des savants comme al-\u1e62ad\u016bq ou \u1e6c\u016bs\u012b et d\u2019autres avant \u1e6cabars\u012b, puisque qu\u2019aucun d\u2019eux ne la cite. De plus, m\u00eame si les savants chi\u2019ites de <em>\u1e25ad\u012bth<\/em> acceptent que les traditions <em>mursal<\/em> ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme probatoires, cette tradition fut continuellement cit\u00e9e par les savant chi\u2019ites qui sont venus apr\u00e8s pour justifier leur opinion sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>. Une courte digression est n\u00e9cessaire pour expliquer comment des traditions dont l\u2019authenticit\u00e9\u00a0n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie dans la source peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour appuyer des pratiques comme celle de recommander la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>5. Le principe de souplesse dans la justification des pratiques recommand\u00e9es<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En s\u2019appuyant sur les principes mis en place dans l\u2019<em>u\u1e63\u016bl al-fiqh<\/em>, bien souvent les juristes chi\u2019ites rendent souples les crit\u00e8res rigoureux d\u2019acceptation des traditions, quand il est question de l\u00e9gif\u00e9rer sur les pratiques recommand\u00e9es ou d\u00e9testables.<\/p>\n<p>En raison de conditions relativement souples en jeu, ce principe est appel\u00e9\u00a0: <em>q\u0101\u2019ida al-tas\u0101mu\u1e25 fi adilla al-sunan<\/em>. En se basant sur ce principe, les juristes ont l\u00e9gif\u00e9r\u00e9 qu\u2019en mati\u00e8re de pratiques recommand\u00e9es, m\u00eame si la cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019une tradition (\u1e25ad\u012bth) ne peut \u00eatre pleinement certifi\u00e9e, il reste possible d\u2019agir en fonction de celle-ci, en esp\u00e9rant que l\u2019acte en question soit accept\u00e9 (raj\u0101\u2019 al-ma\u1e6dl\u016bbiyya) et qu\u2019une r\u00e9compense spirituelle soit allou\u00e9e pour l\u2019accomplissement de cet acte, et m\u00eame si cette tradition n\u2019est pas authentique.<\/p>\n<p>De nombreuses traditions sont cit\u00e9es pour justifier ce principe de l\u2019<em>u\u1e63\u016bl al-fiqh<\/em>. Dans une tradition de Ja\u02bffar al-\u1e62\u0101diq, il est rapport\u00e9 qu\u2019il a dit \u00e0 son disciple Hish\u0101m b. S\u0101lim al-Jaw\u0101l\u012bq\u012b\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui a re\u00e7u (man balaghahu) un r\u00e9cit du Proph\u00e8te, paix sur lui, sur les m\u00e9rites de l\u2019accomplissement d\u2019un acte et qu\u2019il accomplit l\u2019acte en fonction de ce r\u00e9cit, alors il sera r\u00e9compens\u00e9, m\u00eame si le Proph\u00e8te, paix sur lui, ne l\u2019a pas r\u00e9ellement dit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En raison du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0celui qui a re\u00e7u\u00a0\u00bb, ce genre de traditions est appel\u00e9\u00a0: <em>man balaghahu<\/em>. En essence, le principe indique que, contrairement aux actes obligatoires, un juriste n\u2019a pas besoin de preuves indubitables pour l\u00e9gif\u00e9rer en faveur de l\u2019accomplissement d\u2019un acte recommand\u00e9. Cependant, aucun juriste ne peut l\u00e9gif\u00e9rer l\u2019accomplissement d\u2019un acte obligatoire en s\u2019appuyant sur ce genres de traditions.<\/p>\n<p>En faisant appel aux traditions rares sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dont al-\u1e62ad\u016bq et \u1e6c\u016bs\u012b ont fait allusion et le principe de <em>al-tas\u0101mu\u1e25<\/em>, la plupart des juristes post-safavides ont l\u00e9gif\u00e9r\u00e9 pour faire de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, un segment recommand\u00e9. De cette fa\u00e7on, le croyant est assur\u00e9 d\u2019obtenir la r\u00e9compense spirituelle de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, m\u00eame si, en r\u00e9alit\u00e9, aucun im\u0101m chi\u2019ite n\u2019a formul\u00e9 une telle tradition allant dans ce sens.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, comme al-Mu\u1e93affar le signale, m\u00eame ceux parmi les juristes qui ont cit\u00e9 les traditions sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, ont dit qu\u2019elles \u00e9taient fabriqu\u00e9es. Les traditions <em>man balaghahu<\/em>, affirme al-Mu\u1e93affar, ne couvrent pas les r\u00e9cits reconnus comme fabriqu\u00e9s. Ce crit\u00e8re permet de distinguer les r\u00e9cits dont le contenu n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 par les <em>a&rsquo;imm\u0101<\/em> chi\u2019ites. Il n\u2019y a que les traditions dont le contenu a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 par les <em>a&rsquo;imm\u0101<\/em> qui peuvent \u00eatre employ\u00e9es pour l\u2019application du principe de <em>al-tas\u0101mu\u1e25<\/em>.<\/p>\n<p>Les juristes comme Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> et ceux qui sont venus apr\u00e8s lui ont essay\u00e9 de chercher des moyens pour int\u00e9grer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Bien que n\u2019ayant aucune cha\u00eene de transmission, ils se sont accroch\u00e9s \u00e0 la tradition rapport\u00e9e par \u1e6cabars\u012b dans son <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> en invoquant le principe de <em>al-tas\u0101mu\u1e25<\/em> pour l\u00e9gif\u00e9rer que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. De ce fait, si la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> ne pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, dor\u00e9navant elle le pouvait gr\u00e2ce \u00e0 la tradition de \u1e6cabars\u012b et le principe de <em>al-tas\u0101mu\u1e25<\/em>.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode post-Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> montre une \u00e9volution claire de la pens\u00e9e des juristes chi\u2019ites sur ce sujet. Alors que les juristes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 s\u2019accordaient \u00e0 dire qu\u2019il ne fallait pas r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, les juristes qui sont venus apr\u00e8s lui (mis \u00e0 part quelques exceptions) ont \u00e9t\u00e9 en la faveur de sa r\u00e9citation. Les travaux de <em>fiqh<\/em> ult\u00e9rieurs ont m\u00eame continu\u00e9 \u00e0 fournir d\u2019autres arguments pour l\u00e9gitimer la pr\u00e9sence de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>La plupart des savants apr\u00e8s Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> ont suivi sa ligne argumentative et la tradition de al-\u1e62\u0101diq extrait de \u1e6cabars\u012b. Par exemple, dans son <em>maf\u0101ti\u1e25 al-fay\u1e0d<\/em>, al-Wah\u012bd al-Bahbah\u0101n\u012b (d. 1205\/1790) affirme que la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> avec l\u2019intention qu\u2019elle fait partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est interdite, car cela est une innovation (bid\u02bfa), toutefois, la r\u00e9citer pour obtenir des b\u00e9n\u00e9dictions est autoris\u00e9, tout comme quand certains, juste apr\u00e8s avoir r\u00e9cit\u00e9 la formule <em>Dieu est grand<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, disent <em>jalla jal\u0101lah<\/em> (sa gloire soit glorifi\u00e9e) et r\u00e9citent d\u2019autres formules de louanges \u00e0 Dieu. De m\u00eame, apr\u00e8s le t\u00e9moignage de la proph\u00e9tie de Mu\u1e25ammad, il est recommand\u00e9 d\u2019invoquer les gr\u00e2ces de Dieu sur le Proph\u00e8te (ce qui ne fait pas partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>), de mani\u00e8re similaire, il est recommand\u00e9 de r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> apr\u00e8s la <em>shah\u0101da<\/em> (dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>), en se basant sur le <em>\u1e25ad\u012bth<\/em> cit\u00e9 dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> et d\u2019autres traditions g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>Bahbah\u0101n\u012b demande avec insistance\u00a0: \u00ab\u00a0Y a-t-il d\u2019autres obstacles pour l\u00e9gif\u00e9rer que la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> soit un acte recommand\u00e9\u00a0? Le fait qu\u2019une tradition soit rare ne signifie pas que son contenu ne peut pas \u00eatre mis en pratique comme un acte recommand\u00e9 (musta\u1e25abb).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En effet, Bahbah\u0101n\u012b ajoute que cela \u00e9tait une pratique tout \u00e0 fait normale de \u1e6c\u016bs\u012b\u00a0: chaque fois qu\u2019il tombait sur une tradition rare, il recommandait d\u2019agir en fonction de son contenu. Par exemple, \u1e6c\u016bs\u012b l\u00e9gif\u00e8re, en s\u2019appuyant sur le r\u00e9cit de Ibn Yaq\u012bn, qu\u2019il est recommand\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter une pri\u00e8re si quelqu\u2019un oublie de r\u00e9citer l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em> au d\u00e9but. Dans tous les cas, il ajoute que parler pendant l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em> est autoris\u00e9. Si des paroles futiles n\u2019invalident pas l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, alors pourquoi un acte propice (tayammun) aux b\u00e9n\u00e9dictions le ferait\u00a0?<\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>6. Les p\u00e9riodes pr\u00e9moderne et moderne<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La plupart des souverains Qadjars (1209-1344\/1794-1925) en Iran \u00e9taient complaisants \u00e0 maintenir le chi\u2019isme comme religion d\u2019\u00c9tat, \u00e0 l\u2019inverse de la politique anti-religieuse de N\u0101dir Sh\u0101h (d. 1160\/1747).<\/p>\n<p>Aq\u0101 Mu\u1e25ammad Kh\u0101n (d. 1212\/1797), le premier souverain qadjar, a r\u00e9affirm\u00e9 son engagement quand il fut couronn\u00e9 en tant que shah en 1210\/1796. Son pieux neveu Fat\u1e25 \u02bfAl\u012b Sh\u0101h (d. 1250\/1834) a continu\u00e9 sa politique religieuse en construisant des mosqu\u00e9es et en commissionnant l\u2019\u00e9criture de travaux th\u00e9ologiques chi\u2019ites. Il a aussi construit le coll\u00e8ge th\u00e9ologique Fay\u1e0diya de Qum et a pris toute la peine du monde pour accorder du respect aux savants. Sous ces conditions favorables, les centres religieux et les savants chi\u2019ites ont prosp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Les juristes chi\u2019ites qui vivaient sous le r\u00e8gne des souverains qadjars ont ainsi continu\u00e9 \u00e0 exploiter l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> pour consolider leurs affiliations religieuses.\u00a0 La plupart des juristes de cette \u00e9poque se sont accord\u00e9s avec la l\u00e9gislation des juristes post-safavides. Par exemple, Ja\u02bffar b. Khi\u1e0dr al-Najaf\u012b K\u0101shif al-Gh\u012bt\u0101\u2019 (d. 1228\/1813) a soutenu que si quelqu\u2019un rem\u00e9morait le commandeur des croyants avec l\u2019intention d\u2019honorer son statut, de manifester sa sup\u00e9riorit\u00e9 ou de r\u00e9futer les pr\u00e9tentions des opposants et de d\u00e9fier les plus obstin\u00e9s, alors il serait r\u00e9compens\u00e9 spirituellement pour cela.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9, l\u2019ambiance favorable dans laquelle les chi\u2019ites se trouvaient, la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> fut utilis\u00e9e comme une arme pol\u00e9mique pour d\u00e9montrer la sup\u00e9riorit\u00e9 de la foi chi\u2019ite. Pour K\u0101shif al-Gh\u012bt\u0101\u2019, la fonction pol\u00e9mique que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> remplissait pouvait peser lourd contre les objections de savants comme al-\u1e62ad\u016bq et \u1e6c\u016bs\u012b. En effet, K\u0101shif al-Gh\u012bt\u0101\u2019, d\u00e9clare que mentionner la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> n\u2019\u00e9tait pas suffisante pour indiquer la sup\u00e9riorit\u00e9 de \u02bfAl\u012b, car le terme <em>wil\u0101ya<\/em> a diff\u00e9rentes significations et pouvait \u00eatre utilis\u00e9 de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. De plus, tous les croyants \u00e9taient des amis (awliy\u0101\u2019) de Dieu.<\/p>\n<p>Afin de diff\u00e9rencier \u02bfAl\u012b des autres, et l\u2019\u00e9lever au-dessus des autres amis de Dieu, il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable de dire que \u02bfAl\u012b \u00e9tait <em>khal\u012bfa bil\u0101 fa\u1e63l<\/em> (le successeur de Mu\u1e25ammad sans interruption) ou le commandeur des croyants ou la meilleure cr\u00e9ation apr\u00e8s le Proph\u00e8te. Il ajoute, qu\u2019en faisant cela, il n\u2019y aurait plus aucun doute dans les esprits de la masse sur le fait que ce segment ne fait pas partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Pour K\u0101shif al-Gh\u012bt\u0101\u2019, la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> n\u2019\u00e9tait pas uniquement une d\u00e9claration de la foi ou une formulation cardinale de la doctrine chi\u2019ite, c\u2019\u00e9tait un symbole de l\u2019identit\u00e9 chi\u2019ite pour montrer la sup\u00e9riorit\u00e9 de \u02bfAl\u012b sur les autres califes et d\u2019affirmer qu\u2019il \u00e9tait le successeur imm\u00e9diat de Mu\u1e25ammad.<\/p>\n<p>Al-Fa\u1e0d\u012bl al-Nar\u0101q\u012b (d. 1244\/1828) affirme que le <em>tawall\u012b<\/em> (que les segments doivent se suivre les uns apr\u00e8s les autres sans interruption) n\u2019\u00e9tait pas une r\u00e8gle canonique de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> ou de l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em>, ni \u00e9tait-il sp\u00e9cifi\u00e9 que les segments de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> ne pouvaient \u00eatre s\u00e9par\u00e9s. Par cons\u00e9quent, r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> ne contrevenait pas aux conditions de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Il demande avec insistance\u00a0: comment une personne pouvait avoir l\u2019autorisation de formuler des paroles futiles pendant l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et ne pas \u00eatre autoris\u00e9e \u00e0 dire la v\u00e9rit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Le fait que les traditions concernant la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> sont rares, dit al-Nar\u0101q\u012b, n\u2019emp\u00eache pas de l\u00e9gif\u00e9rer que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> soit une <em>sunna<\/em>. Cela est possible, car bien souvent les juristes acceptent des traditions rares et l\u00e9gif\u00e8rent qu\u2019un tel acte est recommand\u00e9 en s\u2019appuyant sur ce genre de narrations et le principe de <em>al-tas\u0101mu\u1e25<\/em>.<\/p>\n<p>Les juristes ont vu cependant un possible danger qui attendait la masse chi\u2019ite, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019avec une pratique continue, la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> finisse par appara\u00eetre comme un segment int\u00e9gral de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Malgr\u00e9 des rappels continus que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> n\u2019\u00e9tait pas un segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, tout muezzin pourrait la r\u00e9citer sans \u00eatre au courant de cette distinction. <em><strong>Les juristes chi\u2019ites ont r\u00e9pondu \u00e0 cela en d\u00e9clinant toute responsabilit\u00e9 de leur part pour cette ignorance de la part de la masse.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Des juristes comme al-Fa\u1e0d\u012bl al-Nar\u0101q\u012b a m\u00eame affirm\u00e9 que la faute \u00e9tait celle de la masse ignorante qui malgr\u00e9 les rappels incessants, n\u2019\u00e9tait pas au courant de la r\u00e9glementation sur ce sujet. D\u2019autres juristes ont recommand\u00e9 que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> soit r\u00e9cit\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re diff\u00e9rente pour que cela devienne clair qu\u2019elle ne faisait pas partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Par exemple, al-Mu\u1e25aqqiq al-Qumm\u012b (d. 1231\/1815) affirme dans son <em>j\u0101mi\u02bf al-shit\u0101t<\/em> que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> doit \u00eatre r\u00e9cit\u00e9e qu\u2019une seule fois dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et qu\u2019elle soit supprim\u00e9e de l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em>. Cependant, pour la masse chi\u2019ite la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> est devenue une partie int\u00e9grale de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Peu, ou personne ne fait cette distinction, en la s\u00e9parant des autres segments de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Les juristes post-Majlis\u012b 2<sup>nd <\/sup>ont justifi\u00e9 non seulement la pratique populaire de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, mais ont \u00e9galement eu \u00e0 expliquer la raison pour laquelle les pr\u00e9c\u00e9dents juristes avaient interdit formellement sa r\u00e9citation.<\/p>\n<p>Dans son <em>burh\u0101n al-fiqh<\/em>, Sayyid \u02bfAl\u012b Ba\u1e25r al-\u02bfUl\u016bm (d. 1298\/1880) soutient que le verdict de al-\u1e62ad\u016bq, de \u1e6c\u016bs\u012b et d\u2019autres juristes \u00e9tait le produit de leur propre raisonnement (ijtih\u0101d). Le fait qu\u2019il existe des traditions g\u00e9n\u00e9rales comme celle cit\u00e9e dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em>, \u00e9carte le besoin d\u2019avoir un r\u00e9cit sp\u00e9cifique recommandant la formule de la <em>wil\u0101ya <\/em>dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire que m\u00eame s\u2019il n\u2019existe aucun r\u00e9cit sp\u00e9cifique sur la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>, la tradition g\u00e9n\u00e9rale de \u1e6cabars\u012b est suffisante pour l\u00e9gif\u00e9rer sur celle-ci comme un acte recommand\u00e9. Tout comme il existe des r\u00e9cits sugg\u00e9rant que chaque fois que le nom du Proph\u00e8te est mentionn\u00e9, il est recommand\u00e9 d\u2019envoyer des gr\u00e2ces sur lui, et similairement la tradition de \u1e6cabars\u012b indique que chaque fois que la <em>shah\u0101da<\/em> est r\u00e9cit\u00e9e, il est recommand\u00e9 de r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>. L\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em>, dit Ba\u1e25r al-\u02bfUl\u016bm, tous deux tombent dans cette cat\u00e9gorie.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un consensus au dix-huiti\u00e8me et au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cles sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> comme segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, des voix dissidentes se sont exprim\u00e9es sur ce sujet. M\u00eame au milieu du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, de nombreux chi\u2019ites ont refus\u00e9 de r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Ja\u02bffar K\u0101shif al-Gh\u012bt\u0101\u2019, cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, avait demand\u00e9 \u00e0 Fat\u1e25 \u02bfAl\u012b Sh\u0101h d\u2019interdire cette pratique. Plus tard au m\u00eame si\u00e8cle, les <em>\u02bfulam\u0101<\/em> de l\u2019Inde ont encourag\u00e9 la communaut\u00e9 d\u2019abandonner cette pratique, mais cela n\u2019a pas r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, Ma\u1e25mud b. Mirza \u02bfAl\u012b al-Naq\u012b (d. 1300\/1882), l\u2019auteur de <em>al-maw\u0101hib al-sanniyya<\/em>, a r\u00e9fut\u00e9 les arguments de Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> et ceux d\u2019autres juristes. Il a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019en raison d\u2019un d\u00e9faut de preuve, la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> ne pouvait \u00eatre r\u00e9cit\u00e9e dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, m\u00eame comme un segment recommand\u00e9. La tradition d\u2019<em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> ne pouvait \u00eatre utilis\u00e9e comme une preuve pour autoriser la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> puisque, comme de nombreuses autres traditions, elle ne fait que mentionner les m\u00e9rites de \u02bfAl\u012b, indiquant par cela ses vertus g\u00e9n\u00e9rales. La tradition d\u2019<em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em>, et celles semblables \u00e0 elle, sur les m\u00e9rites de \u02bfAl\u012b, indique la sup\u00e9riorit\u00e9 de \u02bfAl\u012b, mais n\u2019a aucun lien avec l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> ni l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em>.<\/p>\n<p>Mirza \u02bfAl\u012b al-Naq\u012b ajoute que pour la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> les traditions dont parlent ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, ne doivent pas \u00eatre mises en pratique car les savants les ont consid\u00e9r\u00e9es comme rares et fabriqu\u00e9es. Il reconna\u00eet que les pr\u00e9c\u00e9dents juristes chi\u2019ites avaient affirm\u00e9 que les r\u00e9cits rares et faibles pourraient \u00eatre utilis\u00e9s pour l\u00e9gif\u00e9rer en faveur de la pratique d\u2019actes recommand\u00e9s, mais le fait qu\u2019ils n\u2019ont pas mis en \u0153uvre cette m\u00e9thode dans le cas de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> montre qu\u2019ils \u00e9taient en accord pour abandonner cette m\u00e9thode habituelle sur cette question. En essence, Mirza \u02bfAl\u012b al-Naq\u012b rejeta le verdict de Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> et Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> pouvait \u00eatre r\u00e9cit\u00e9 comme un segment recommand\u00e9 de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Une fois que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par la masse en g\u00e9n\u00e9ral, renverser la donne \u00e9tait devenu difficile. Les discussions qui ont eu lieu bien apr\u00e8s se sont plut\u00f4t int\u00e9ress\u00e9es sur les bases \u00e0 partir desquelles cette r\u00e9citation pouvait \u00eatre justifi\u00e9e et si oui ou non, elle \u00e9tait un segment recommand\u00e9 de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. La plupart des juristes a approuv\u00e9 cette pratique en reprenant les arguments de Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> et Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> et la tradition de al-\u1e62\u0101diq dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em>.<\/p>\n<p>Il est important de noter qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse des juristes pr\u00e9-safavides qui avaient interdit la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, les juristes post-safavides se sont mis d\u2019accord pour l\u2019autoriser. L\u2019opinion des savants post-safavides \u00e9tait tout le contraire du consensus \u00e9tabli par leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs. L\u2019argument avanc\u00e9 par ceux comme Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> et Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> a eu pour effet de convaincre les juristes qui sont venus apr\u00e8s eux, que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> pouvait \u00eatre r\u00e9cit\u00e9e, m\u00eame si elle ne faisait pas partie int\u00e9grante de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. La pression populaire et la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9action publique n\u00e9gative ont forc\u00e9 les juristes \u00e0 s\u2019adapter en ce qui concerne la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>, en renversant le pr\u00e9c\u00e9dent consensus.<\/p>\n<p>La plupart des juristes chi\u2019ites du si\u00e8cle pr\u00e9sent ont l\u00e9gif\u00e9r\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait recommand\u00e9 de r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya <\/em>dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Le d\u00e9funt Ayatull\u0101h Mu\u1e25sin al-\u1e24ak\u012bm (d. 1390\/1970) soutient dans son <em>al-mustamsak<\/em> que\u00a0:<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> compte parmi les symboles de la vraie foi et un signe du chi\u2019isme. \u00c0 cet \u00e9gard, r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> est devenu pr\u00e9pond\u00e9rant selon la <em>shar\u012b\u02bfa<\/em>\u00a0; en fait, il pourrait \u00eatre obligatoire de la r\u00e9citer mais non avec l\u2019intention qu\u2019elle soit un segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. \u00c0 partir de l\u00e0, la raison \u00e9voqu\u00e9e par Majlis\u012b 2<sup>nd <\/sup>dans son <em>al-bi\u1e25\u0101r<\/em> devient claire, c\u2019est-\u00e0-dire il n\u2019est pas improbable que l\u2019attestation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> soit consid\u00e9r\u00e9e comme un segment recommand\u00e9 de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Cela est d\u00fb au t\u00e9moignage de Shaykh \u1e6c\u016bs\u012b, \u02bfAll\u0101ma al-\u1e24ill\u012b, Shah\u012bd 1<sup>er<\/sup> et d\u2019autres que des traditions ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es \u00e0 ce sujet. Ceci est appuy\u00e9 par la tradition rapport\u00e9e par al-Q\u0101sim b. Mu\u02bf\u0101wiya cit\u00e9e dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> venant de al-\u1e62\u0101diq.<\/p>\n<p>Al-\u1e24ak\u012bm soutient que le but de la r\u00e9citation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> n\u2019\u00e9tait pas restreint \u00e0 l\u2019obtention de r\u00e9compenses spirituelles. La <em>wil\u0101ya<\/em> symbolisait les id\u00e9aux chi\u2019ites, l\u2019identit\u00e9 chi\u2019ite et les aspirations chi\u2019ites. De ce fait, en fonction des circonstances, r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> pourrait m\u00eame devenir obligatoire pour le croyant, m\u00eame si cela ne devrait pas \u00eatre r\u00e9cit\u00e9 comme un segment de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Plus clairement, quand il parle de la <em>wil\u0101ya<\/em> comme un symbole chi\u2019ite, al-\u1e24ak\u012bm fait un lien avec l\u2019affirmation de Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup>, corroborant ainsi ma pr\u00e9c\u00e9dente assertion que l\u2019\u00e8re safavide a marqu\u00e9 le si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> a commenc\u00e9 \u00e0 prendre une tournure pol\u00e9mique, servant comme moyen d\u2019opposition et de marquage d\u2019identit\u00e9 pour les chi\u2019ites qui vivaient alors sous le m\u00e9c\u00e9nat des souverains safavides.<\/p>\n<p>Sharaf al-D\u012bn al-M\u016bsaw\u012b (d. 1377\/1957) marque aussi son d\u00e9saccord avec ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs (pr\u00e9-safavides) en disant\u00a0:<\/p>\n<p>Ceux qui d\u00e9clarent la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> interdite sont tomb\u00e9s dans l\u2019erreur et ils ont cit\u00e9 une r\u00e8gle isol\u00e9e (shadhdha). Ils ont m\u00eame dit que c\u2019\u00e9tait une innovation (bid\u02bfa). Tout muezzin en Islam r\u00e9cite quelques paroles avant l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> qu\u2019il relie avec l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Par exemple, il dit\u00a0: \u00a0<em>Gloire \u00e0 Dieu celui qui n\u2019a pas pris de fils \u2026<\/em>\u00a0ou d\u2019autres paroles similaires. Ces paroles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 l\u00e9gif\u00e9r\u00e9es par le l\u00e9gislateur divin dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, pourtant elles ne sont pas consid\u00e9r\u00e9es comme des innovations, et cela n\u2019est certainement pas interdit, car les muezzins ne semblent pas consid\u00e9rer que ces paroles font partie de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>. Ils ne font que les r\u00e9citer sur la base de preuves g\u00e9n\u00e9rales qui incluent ces paroles. Similairement, l\u2019attestation de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b apr\u00e8s les deux <em>shah\u0101da<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est un acte qui s\u2019appuie sur des preuves g\u00e9n\u00e9rales qui la l\u00e9gitiment. De plus, quelques paroles n\u2019invalident pas l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> ou l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em>, ni est-il interdit (<em>\u1e25ar\u0101m<\/em>) de les r\u00e9citer au milieu, alors d\u2019o\u00f9 la question de l\u2019innovation et l\u2019interdiction prend-t-elle sa source\u00a0?<\/p>\n<p>Les juristes post-safavides devaient expliquer l\u2019interdiction de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, justifiant au passage, la transformation de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> d\u2019une <em>bid\u02bfa<\/em> \u00e0 une <em>sunna<\/em>. Ils l\u2019ont fait de plusieurs mani\u00e8res.<\/p>\n<p>Alors que Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> a affirm\u00e9 qu\u2019ils ont interdit la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> en raison de la <em>taqiyya<\/em>, Ba\u1e25r al-\u02bfUl\u016bm insista qu\u2019ils l\u2019eussent fait par un effort de raisonnement personnel, ainsi les juristes qui les ont suivis n\u2019avaient aucune obligation de suivre leurs pas. Malgr\u00e9 le consensus qu\u2019avaient \u00e9tabli les juristes pr\u00e9-safavides, Sharaf al-D\u012bn al-M\u016bsaw\u012b a pu pr\u00e9tendre que leur l\u00e9gif\u00e9ration sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> \u00e9tait isol\u00e9e.<\/p>\n<p>Ayatull\u0101h Ar\u0101k\u012b (d. 1415\/1994) affirme dans son trait\u00e9 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Guidance en mati\u00e8re de <em>shah\u0101da<\/em> de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em> en tant que segment partitif, tout comme les autres segments\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019auteur du livre <em>kit\u0101b al-salafa f\u012b amr al-khil\u0101fa<\/em>, Shaykh \u02bfAbd All\u0101h al-Mar\u0101gh\u012b al-Misr\u012b, un sunnite, dit que Salm\u0101n al-F\u0101ris\u012b a attest\u00e9 que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b \u00e9tait r\u00e9cit\u00e9e dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> et l\u2019<em>iq\u0101ma<\/em> apr\u00e8s l\u2019attestation de la proph\u00e9tie, pendant le vivant du Proph\u00e8te. Un homme entra pour rencontrer le Proph\u00e8te de Dieu et lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 Proph\u00e8te de Dieu, j\u2019ai entendu une chose que je n\u2019avais entendu auparavant. Il lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0?\u00a0\u00bb Il lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s la <em>shah\u0101da<\/em> de la proph\u00e9tie, Salm\u0101n a t\u00e9moign\u00e9 dans son <em>adh\u0101n<\/em> de la <em>shah\u0101da<\/em> de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b.\u00a0\u00bb Il lui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu as entendu une bonne chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, il est \u00e9galement pr\u00e9tendu que l\u2019\u00e9minent compagnon Ab\u016b Dharr al-Ghif\u0101r\u012b a t\u00e9moign\u00e9 de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b, apr\u00e8s l\u2019attestation de la proph\u00e9tie de Mu\u1e25ammad dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p>Un argument nouveau est ajout\u00e9 dans cette discussion sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle \u00e9tait pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Proph\u00e8te qui n\u2019a pas object\u00e9 \u00e0 cela. L\u2019approbation du Proph\u00e8te fait de cette pratique une <em>sunna<\/em>. Ironiquement, cette source qui est cit\u00e9e sur la r\u00e9citation de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> est sunnite. Il convient de souligner qu\u2019avant cette \u00e9poque, bien que les arguments en faveur de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> furent avanc\u00e9s, aucun ne faisait mention de la <em>wil\u0101ya<\/em> de \u02bfAl\u012b \u00eatre formul\u00e9e dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Proph\u00e8te ou pendant la vie des <em>a&rsquo;imm\u0101<\/em> chi\u2019ites. Malgr\u00e9 la citation de nombreuses traditions sur l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> dans les travaux juridiques chi\u2019ites, il n\u2019y a pas une seule tradition qui indique que la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> fut r\u00e9cit\u00e9e dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Proph\u00e8te ou des <em>a&rsquo;imm\u0101<\/em>.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les juristes contemporains comme Bur\u016bjard\u012b (d. 1381\/1961), Khumayn\u012b (d. 1410\/1989), al-Kh\u016b\u2019\u012b (d. 1413\/1992) et Golpaygan\u012b (d. 1411\/1993), tous consid\u00e8rent que r\u00e9citer la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> est un acte recommand\u00e9 de l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>.<\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>7. Conclusion<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Au moyen de diff\u00e9rents genres d\u2019arguments, une pratique rituelle qui fut pr\u00e9c\u00e9demment une <em>bid\u02bfa<\/em> devint par la suite une <em>sunna<\/em>. La raison r\u00e9elle de cette transformation semble \u00eatre li\u00e9e dans la cr\u00e9ation d\u2019une identit\u00e9 chi\u2019ite dans l\u2019Iran safavide. Avec l\u2019implantation de cette dynastie, il y avait un besoin concurrent de favoriser une identit\u00e9 sectaire s\u00e9par\u00e9e \u00e0 travers laquelle les chi\u2019ites pourraient se distinguer des non-chi\u2019ites, ainsi la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> devait \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la <em>shah\u0101da<\/em>.<\/p>\n<p>De nombreux arguments furent avanc\u00e9s et des traditions interpr\u00e9t\u00e9es pour relier les deux. En fait, la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> est fr\u00e9quemment appel\u00e9e la troisi\u00e8me <em>shah\u0101da<\/em> (al-shah\u0101da al-th\u0101litha). D\u00e8s lors, l\u2019<em>adh\u0101n<\/em> devait accomplir une fonction plus large que celle d\u2019une liturgie restreinte jusqu\u2019\u00e0 alors limit\u00e9 \u00e0 appeler les croyants \u00e0 la pri\u00e8re. L\u2019<em>adh\u0101n<\/em> \u00e9tait utilis\u00e9 pour marquer l\u2019affiliation religieuse de l\u2019\u00e9tat safavide.<\/p>\n<p>Paradoxalement, ce qui distinguait les chi\u2019ites des <em>mufawwi\u1e0da<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque de al-\u1e62ad\u016bq fut l\u2019interdiction de la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> dans l\u2019<em>adh\u0101n<\/em>, mais dor\u00e9navant elle \u00e9tait utilis\u00e9e pour distinguer les chi\u2019ites des non-chi\u2019ites. Pour le dire autrement, cette marque distinctive des <em>mufawwi\u1e0da<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque de al-\u1e62ad\u016bq devint pour Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> et pour les juristes qui sont venus apr\u00e8s lui, un symbole distinctif des chi\u2019ites.<\/p>\n<p>Cette transformation fut possible initialement par une interpr\u00e9tation de la tradition cit\u00e9e dans <em>al-i\u1e25tij\u0101j<\/em> de \u1e6cabars\u012b \u2013 tradition qui \u00e9tait certainement inconnue de \u1e6c\u016bs\u012b et de al-\u1e62ad\u016bq. Aucun savant chi\u2019ite jusqu\u2019\u00e0 \u1e6cabars\u012b n\u2019avait cit\u00e9 ce r\u00e9cit. De plus, la remarque de al-\u1e62ad\u016bq et \u1e6c\u016bs\u012b que rares (et sans doute inauthentiques) \u00e9taient les traditions sur la formule de la <em>wil\u0101ya<\/em> fut saisie par des savants comme Majlis\u012b 1<sup>er<\/sup> et Majlis\u012b 2<sup>nd<\/sup> pour souligner que des traditions sur ce sujet \u00e9taient disponibles \u00e0 l\u2019\u00e9poque des <em>a&rsquo;imm\u0101<\/em>, et m\u00eame si elles \u00e9taient rares, elles avaient fini par dispara\u00eetre, et pouvaient \u00eatre utilis\u00e9es pour justifier cette pratique. Plus tard, il fut m\u00eame argument\u00e9 que cette pratique pouvait \u00eatre retrac\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de Mu\u1e25ammad, lui-m\u00eame, qui par son acquiescement, l\u2019avait approuv\u00e9.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> L\u2019<em>adh\u0101n <\/em>chi\u2019ite se distingue de celui des sunnites par l\u2019inclusion de la formule\u00a0: <em>\u1e25ayya\u00a0\u02bfal\u0101 khayri-l-\u02bfamal<\/em>\u00a0(accourrez \u00e0 la meilleure pratique). Toutefois, l\u2019histoire de la gen\u00e8se de l\u2019insertion de cette formule dans l\u2019<em> adh\u0101n <\/em>chi\u2019ite d\u00e9passe le cadre de cet article.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Le mot <em>mufawwi\u1e0da<\/em> r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ceux qui \u00e9pousent la doctrine du <em>tafw\u012b\u1e0d<\/em> (d\u00e9l\u00e9gation), c\u2019est-\u00e0-dire la croyance qu\u2019apr\u00e8s la cr\u00e9ation, Dieu a d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 ses pouvoirs sur toutes choses relatives \u00e0 la cr\u00e9ation et \u00e0 la subsistance de ses cr\u00e9atures et les affaires du monde au Proph\u00e8te et aux im<em>\u0101<\/em>ms. Que cette croyance f\u00fbt r\u00e9pandue chez les chi\u2019ites peut \u00eatre d\u00e9duite des nombreuses traditions pr\u00e9sentes dans les livres de <em>a\u1e25\u0101d\u012bth<\/em> chi\u2019ites. (\u2026) Les origines et les doctrines des <em>mufawwi\u1e0da <\/em>sont discut\u00e9es par H. Modarressi dans <em>Crisis and Consolidation in the Formative Period of Shi\u2019ite Islam<\/em> (Princeton: Darwin Press, 1993), ch.2.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> B. Scarcia-Amoretti, \u201cL\u2019Islam in Persia fra Timur e Nadir,\u201d Annali della Facolta di Lingue e Letterature Straniere Di Ca\u2019Foscari 13, no. 3 (1974), p. 69; Aubin, \u201cNotables,\u201d p. 55, n. 2.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>Biographie de l&rsquo;auteur<\/strong><\/p>\n<p>Professeur Liyakat A. Takim est titulaire de la chaire Sharjah sur l&rsquo;Islam \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 McMaster de Hamilton, au Canada. Originaire de Zanzibar, en Tanzanie, il est l&rsquo;auteur d&rsquo;une centaine d\u2019articles universitaires sur divers sujets. Son premier livre, <em>The Heirs of the Prophet: Charisma and Religious Authority in Shi\u2018ite Islam<\/em>, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par SUNY Press, en 2006. Il travaille actuellement sur son troisi\u00e8me livre, <em>Ijtihad and Reformation in Islam<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019article\u00a0: L\u2019attestation de foi de l\u2019autorit\u00e9 spirituelle et temporelle \u2013 wil\u0101ya \u2013 de \u02bfAl\u012b b. Ab\u012b \u1e6c\u0101lib a toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9cit\u00e9e par les chi\u2019ites dans des rituels et dans d\u2019autres pratiques (la frappe) sous diff\u00e9rentes formes, mais il appara\u00eet que son inclusion dans l\u2019adh\u0101n (l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re) fut autrefois rejet\u00e9e par les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-143","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-publies"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=143"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":770,"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions\/770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsavicenne.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}